UNE EXPLORATRICE

La découverte du monde numérique

Mon parcours n'a pas suivi une ligne droite. Il a bifurqué, pris des détours parfois imprévisibles. Mais en regardant en arrière, chaque étape avait sa place, comme si tout convergeait vers ce que je fais aujourd'hui pour être pleinement humaine au cœur de notre ère numérique.

Du droit aux données

Avocate dans une première partie de ma carrière, au barreau d'abord, en entreprise ensuite, j’ai fondé en 2015 MediaLien Sàrl afin de proposer des services de médiation commerciale, en entreprise et environnementale (démarche participative).
Et les choses ont évolué - m'éloignant toujours plus loin de la pratique du droit et de la médiation - d'une manière dont je n'aurais su prévoir ni la direction absolument inattendue ni l'immense richesse.

Curieuse de mieux comprendre les relations interpersonnelles et le monde qui m’entoure, j’avais développé en parallèle une activité de recherche. Docteure en droit, j’étais habituée à une recherche essentiellement théorique. Afin de pouvoir étudier empiriquement les enjeux et les phénomènes liés aux conflits en lien avec la numérisation de notre société, en 2015-2016 je me suis formée aux méthodes de recherches utilisées en sciences sociales grâce à un MOOC proposé par l’Université d’Amsterdam: Methods and Statistics in social sciences - Critically Analyze Research and Results Using R. Et là, contre toute attente, j'ai été séduite par les statistiques. Serendipity was around the corner… Devenue mentor pour les modules Basic & Inferential Statistics, j'ai répondu en ligne aux questions des étudiants pendant plus de 2 ans. J’ai ainsi découvert avec ravissement une manière supplémentaire d’appréhender le monde - en chiffres, et avec des unités variées qui apportent de la nuance - qui m’était jusqu’alors totalement étrangère. Tout comme une autre forme de langage, bien loin des mots qui régnaient en maître dans ma vie: la programmation. Avec le langage R.

L'EPFL Extension School et ses cours en ligne m'a permis d'aller plus loin:
En entrée: Foundations of Data Science en langage R.
Suit un copieux plat de résistance: le Certificate of Open Studies (COS) Applied Data Science: Machine Learning. Quatre modules, des centaines de lignes de code en Python, cinq projets: quatre imposés et un projet personnel (Capstone Project).

Petite anecdote amusante qui ancre ce parcours dans sa dimension historique: le troisième projet portait sur la construction de modèles prédictifs des prix de l'immobilier dans la petite ville d'Ames (Iowa), 66427 âmes selon Wikipédia, située à une cinquantaine de kilomètres de la capitale de l'État: Des Moines. Au premier regard? Une ville parfaitement banale. Pourtant, en l'espèce, l'expression «l'habit ne fait pas le moine» prend tout son sens. En 1973, à l'issue du procès fleuve et fondateur Honeywell v. Sperry Rand, la justice tranche: le premier calculateur électronique numérique automatique est l'ABC d'Atanasoff (1942), aidé de son assistant Berry. Or où se trouvait ce visionnaire? À l'Iowa State College, à Ames. Si les spécialistes reconnaissent que la controverse sur le premier ordinateur électronique reste ouverte, Ames (Iowa) n'en demeure pas moins un lieu significatif de l'histoire de l'informatique.

Dans le Capstone Project, j'ai créé des classificateurs pour répondre à une question brûlante: « Peut-on prédire les crimes? » Bien loin du film Minority Report, le but était de décrypter le lien entre des infractions pénales signalées à la police d'Austin (Texas) en 2019 (avant le Covid) et diverses variables hétérogènes appariées grâce aux codes postaux : informations liées à l'infraction (aucune information personnelle), données démographiques, géospatiales, météorologiques et astronomiques, ainsi que des variables que j'ai élaborées à partir d'une analyse exploratoire approfondie. Résultat final: 7 classes d'infractions — du meurtre au vol — et 3 niveaux d'urgence, déterminés selon la violence intrinsèque des infractions. 40315 crimes signalés, 53 variables d'entrée. La construction, le réglage fin et la comparaison de divers modèles d’apprentissage automatique ont permis d’apporter à la question initiale une réponse affirmative, et nuancée: si la précision n'atteignait pas encore les standards d'un centre d'appels d'urgence, les résultats restaient prometteurs, laissant une marge importante d'amélioration.

Ce projet personnel et l'ensemble de ce parcours d'apprentissage, bien que réalisés avant l'ère ChatGPT, constituent une boussole précieuse. Il m'offre un ancrage concret pour comprendre les promesses et les limites de l'IA actuelle (générative). Une base pour continuer à explorer. Une expérience, intense et enrichissante, au coeur de la science des données, du machine learning et de l'intelligence artificielle. Une formidable base pour continuer à explorer.

Un blog – Des mots comme des ponts

J'aime les mots. Les histoires. Et l'histoire. Explorer. Chercher. Enquêter. La créativité rigoureuse. Ou la rigueur créatrice. Un blog, merveilleuse possibilité du numérique, concrétise cet élan. Comme un carnet de voyage, où chaque billet est une halte.

Le blog de MediaLien s'appelait à ses débuts en 2015 Conflits & Médiation. Il est né d'une volonté simple: offrir un espace de réflexion, de questionnement, de recherches et d'information, de partage dédié à la médiation et à la résolution des conflits, en complément de l'objectif initial de MediaLien qui était de proposer des services de médiation, et qui a évolué depuis.

2017. Le tournant numérique. C’est l’hiver. Une nouvelle année vient de commencer. Je sors de chez l’ostéopathe. Je m’installe dans ma voiture. Allume la radio. On y fait état d’une technologie appelée le deep learning. J’apprends qu’elle permet notamment de mieux décrypter les radiographies et simultanément transforme le quotidien des radiologues, héritiers de Marie Curie et de ses découvertes pionnières. Cette information me saisit. Deep Learning. Intelligence artificielle. Big Data. De quoi parlent-ils? Et si le métier de radiologue se transforme sous l’effet de cette technologie, qu’en est-il des métiers du droit? Et de la résolution des conflits, de manière générale? De la justice, pilier fondamental de nos démocratie? Et plus largement: des autres métiers? De notre société? Et quid d’une transformation par le Numérique de la société dans son ensemble?

Qu’est-ce que ce Numérique qui semble posséder un si puissant potentiel transformateur? Quelle est la place de l’humain dans cela? Ma curiosité est piquée. Les questions s’amoncèlent dans mon esprit. Tout apprentissage commence par une question, ai-je lu une fois. La machine s’est mise en branle, sans retour. C’était bien avant la déferlante ChatGPT le 30 novembre 2022, et de l’IA générative.

Septembre 2017, commence un voyage en Terra Data. Le Blog s'appelait désormais Numérique et Droit 2.0 et reflète ce nouveau questionnement. Son champ s'élargira encore pour devenir ultérieurement Notre monde numérique à la loupe.

Ainsi a débuté une aventure qui devait n’emmener chaque jour, et aujourd’hui encore, plus loin, dans des contrées que je n’aurais jamais pensé explorer. Au cœur de notre monde en profonde mutation. L'essentiel n'a pas changé depuis les débuts du blog: une soif de mieux comprendre ces technologies qui jouent un rôle de plus en plus important dans notre société, la transformant en profondeur. Une profonde envie de partager avec vous, des réflexions, des questionnements, des explications, des coups de cœur, parfois des coup de gueule. D’utiliser les mots pour construire des ponts. Un pont entre deux rives, qui peuvent être très différentes. L’altérité n’est-elle pas le sel de la terre? Rapprocher les silos. Un pont, c’est un simple tronçon, un bout d’un chemin plus long.

Toucher le binaire – Histoire vivante

Mes questions m’ont conduite à plonger dans l’histoire de l’informatique, et plus récemment dans celle des échecs. Ces deux histoires partagent de passionnantes pages communes!

Les livres d’histoire sont des lieux de rencontres. Des pionniers et des pionnières souvent hauts en couleur. De ces rencontres qui, même au travers des lignes, nous donnent envie de donner le meilleur de nous-mêmes, quel que soit votre domaine d’activité. Il y a des rêves que l’on pense impossibles. Parce que justement, ils appartiennent à l’histoire. Même récente. J’en avais un: « Toucher le binaire ». Je vous vois sourire. Pendant ses études dans les années 1990, mon mari qui est ingénieur EPFL, a construit un ordinateur en logidules. Il en garde un formidable souvenir! Les logidules, ce sont des petits cubes électroniques inventés par Jean-Daniel Nicoud, père des micro-ordinateurs Smaky. Dès 1970, ils ont contribué à former efficacement des générations d’ingénieurs EPFL aux concepts de base de l’électronique et de l’informatique. Ils étaient également utilisés par des chercheurs expérimentés. Ces petits cubes permettent de « toucher le binaire ». Maintenant tout est simulé. Exit les logidules. Je m’étais fait une raison. Et voilà que, contre toute attente, j’ai l’opportunité de participer à un atelier logidules à l’EPFL. Je remplissais largement l’unique condition: avoir 12 ans! Aux commandes: Jean-Daniel Nicoud. Quand l’histoire s’incarne, elle devient vivante! Le dynamique pionnier de la micro-informatique n’était plus qu’un nom imprimé dans l’excellente Histoire illustrée de l’informatique. Cette rencontre en octobre 2020, puis une première interview, un portrait, ont été l’étincelle de la naissance de Mémoires vives, la page web du Musée Bolo dédiée aux pionniers de l'informatique en Suisse, mais pas uniquement, et à cette toute jeune histoire qui fait partie intégrante de notre patrimoine culturel. Cette activité d'écriture, de recherche et d'interview m'a naturellement conduite à m'investir davantage dans l'institution. De juin 2023 à octobre 2025, j'ai été membre, puis vice-présidente, du conseil de la Fondation Mémoires Informatiques qui a pour objectif la conservation et la mise en valeur du patrimoine informatique du Musée Bolo, musée suisse de l'informatique, de la culture numérique et du jeu vidéo. Mais c'est sur le terrain, finalement, que j'ai trouvé ce qui me manquait: en 2024, je me suis lancé le défi des visites guidées. Raconter, rencontrer les visiteurs, échanger avec eux, ce sont des moments privilégiés que j'affectionne tout particulièrement.

Ce qu'il m'en reste — Une profonde conviction

Je suis intervenue en 2023, à l'invitation de Vanessa Chambour et pour la troisième fois dans son cours sur le droit de la profession d'avocat(e) (UNIFR). Le titre de ma présentation était «L'avocat(e) nomade ? », inspiré par le lancement de ChatGPT le 30 novembre 2022. Les deux années précédentes, j'avais pris la parole sur « L'avocat(e) et la transformation de l'écosystème juridique par le numérique. Un tour d'horizon à 360° », loin de pouvoir imaginer à quel point notre paysage familier allait être bouleversé quelques mois après. Cela a été un immense plaisir de sensibiliser les juristes de demain aux enjeux du numérique, de leur présenter quelques notions clés, et d'échanger avec eux sur la transformation de leur future profession.

Cette transmission m'a confortée dans une conviction que l'ancienne avocate en moi conserve profondément enracinée: la démocratie, les garde-fous que propose l'état de droit, la séparation des pouvoirs, les droits humains sont des biens à défendre avec vigueur, par les juristes certes, mais également par l'ensemble de la société. Les changements profonds liés à l’IA (générative) nous stimulent et nous bousculent. J’ai été proche-aidante. Onze ans à côté de mon père veuf et atteint de la maladie Parkinson. Le courage et la dignité humaine ont pour moi son visage. L'IA générative porte en elle la promesse d'une efficacité immédiate et séduisante, dans laquelle l'humain peut apparaître comme le maillon faible et coûteux. Mon expérience comme proche-aidante m'a enseigné que la vraie valeur d'une action se mesure avant tout à ce qu'elle préserve la dignité, et non seulement à ce qu'elle produit rapidement, et à moindre coût. L'évaluation de l'IA doit impérativement dépasser la seule métrique de l'efficacité pour intégrer des considérations juridiques et éthiques. L'efficacité apparente, immédiate, ne peut être la seule mesure du progrès et du succès.

L'ère numérique, qui porte l'IA, repose sur le binaire. Des longues suites de 0 et de 1. Notre époque nous demande de trouver, entre risques et opportunités, une voie médiane, un subtil équilibre conjuguant humanité, technologie et environnement pour le bien de toutes et tous. Un défi ambitieux? Oui! Et essentiel! Ne craignons pas de commencer modestement: chacune, chacun à son échelle, là où nous nous trouvons.

Séminaire de culture et citoyenneté numériques – Avançons ensemble

Le numérique ne transforme pas seulement nos outils. Il est l'architecture de notre société. Il interroge notre humanité et notre place dans cette nouvelle réalité. Un véritable défi anthropologique.

Avançons ensemble. Je prépare un Séminaire de culture et citoyenneté numériques. À travers ce séminaire, je vous propose un parcours interdisciplinaire – histoire, technologie, droit, culture générale – pour comprendre, construire et mettre en œuvre une citoyenneté individuelle et collective, consciente et responsable à l'ère numérique.

Un défi que je vous propose de relever à travers deux questions:
💎 Dans quelle société voulez-vous vivre?
💎 Quelle citoyenne, quel citoyen voulez-vous être?

Vous souhaitez en savoir plus sur ce séminaire? Je vous invite à lire sur le blog le billet Séminaire de culture et citoyenneté numériques (en attendant une page qui lui est dédiée sur le nouveau site web en cours de construction).

Mais encore...

Mariée, je suis maman d’un jeune de bientôt 17 ans. Le sport tient une place importante dans notre famille. Enfant et adolescente j’ai pratiqué avec passion la gymnastique aux agrès. La trentaine bien entamée, à la suite d’une tentative de vol de mon sac à main, j’ai découvert le ju-jitsu. Un très bel art martial japonais, une école de vie et d’amitié. Ma ceinture marron, que je garde dans mon bureau, me rappelle qu’il ne faut jamais dire jamais. Des douleurs à une épaule et aux doigts, ainsi que la joie affichée sur le visage des participants aux évènements de course à pied auxquels prend part mon mari, m’ont poussée vers un nouveau défi: l’endurance. A côté des courses populaires auxquelles je participe avec une immense joie, je pratique le CrossCombat: de la boxe contre un sac, à très haute intensité. Mon péché mignon: les séries policières. Une vocation manquée? Aucun regret! L’ère numérique et les défis qu’elle soulève ouvrent largement la porte à l’exploration et à la recherche.

Je vous souhaite une très belle journée et un magnifique été!

Anne-Sylvie
Juillet 2026

MediaLien Sàrl
Chemin des Grives 14
1024 Ecublens
+41 78 820 70 53

RELEVER LES DÉFIS DE L’ÈRE NUMÉRIQUE

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